Enseignants: promouvoir le libre
Comment promouvoir le libre auprès des étudiants lorsqu'on est enseignant-chercheur?
Qu'on se le dise, le prosélytisme ne sert à rien et c'est une perte de temps. Lorsque vous faites un cours, vous lancer dans un plaidoyer en faveur des logiciels libres risque de vous prendre du temps sur la scéance et ne convaincra que peu de monde.
Quels utilisateurs sont les étudiants ?
Avant toutes choses il faut d'abord se demander ce que les étudiants utilisent chez eux ou à l'université lorsque vous leur demandez de rendre un rapport ou un mémoire dactylographié. Cela revient aussi à se demander comment ils ont appris (ou apprennent encore) à se servir du matériel informatique. Il y a plusieurs profils (liste non exhaustive et outrageusement caricaturale).
Profil néophyte
En vertu de tous les efforts de l'Education Nationale, au lycée comme au collège, une très grande majorité des étudiants de première année à l'université ne savent pas se servir de l'outil informatique. Il y a plusieurs raisons à cela :
- Ils n'ont jamais eu d'ordinateur à la maison (tout le monde n'en a pas les moyens)
- Malgrès les "cours" d'informatique à l'Ecole, il reste une majorité d'étudiants qui se contentent vaguement d'utiliser quelques logiciels (le plus souvent propriétaires). Pour eux, l'intérêt pour l'informatique ne s'est jamais déclaré, et n'entre pas dans leurs priorités, ce qui est tout à fait normal.
- L'utilisation d'un traitement de texte se résume souvent au peu qu'on leur ai montré au lycée: l'assimilation à une machine à écrire électronique. Ainsi très peu d'étudiants savent utiliser les formats et styles, insérer des notes de bas de page, créer des index, etc.
- L'utilisation d'internet est catastrophique : une très grande partie des étudiants de première année pense que "puisque c'est écrit sur internet, c'est donc vrai", et entretiennent une culture du copier/coller sans forcément y voir de mal. Au lycée, ils ont appris à faire des recherches d'information (avec plus ou moins d'efficacité). Mais beaucoup n'ont que très mal appris à traiter l'information, à écrire, synthétiser et analyser. Quoi qu'on en dise, c'est aujourd'hui à la faculté de faire rattraper ce retard.
- Culturellement peu armés pour acheter un nouvel ordinateur, ces étudiants sont très sensibles aux techniques du FUD (Fear, Uncertainty and Doubt / peur, incertitude et doute) utilisées par Microsoft - "dois-je mettre à jour mon windows ?", "vais-je perdre mes fichiers ?", "ce fichier sera-t-il compatible ?", "dois-je obligatoirement acheter windows avec un ordi ?" etc.
Une fois arrivés à la faculté, ces étudiants doivent apprendre très vite à se servir d'un ordinateur. En réalité, pour parer au plus pressé, ils utilisent les ordinateurs libres service à leur disposition, le plus souvent équipés de logiciels propriétaires - on se demande pourquoi (voir ici)- , enregistrent leurs fichiers sur disquette, parviennent à se débrouiller tant bien que mal avec le matériel à leur disposition. La plupart des connaissances informatiques de base leur échappent : comprendre un système de fichiers, la structure d'un ordinateur, ce qu'est un réseau... Ils sont généralement très peu au courant de l'existence de logiciels libres, comprennent difficilement leur intérêt (confondent avec la gratuité), et n'en viennent à jurer que par les produits Microsoft qu'on ne cesse de leur proposer dans les salles libre-service.
Profil MSNiste
Nettement moins nombreux que les précédents, ces étudiants passent généralement auprès de ceux-ci pour des cracks en informatique. Ils savent effectivement correspondre et envoyer des documents par e-mail, utiliser les services internet de type MSN, surfer sur internet et s'amusent généralement beaucoup avec un ordinateur (pas mal de jeux vidéo, surtout on-line). Grand bien leur fasse!
Le profil est invariable : ils utilisent depuis assez longtemps un ordinateur, que ce soit chez eux ou chez leurs parents. Acheté généralement en pack, l'ordinateur est équipé de produtis Microsoft (dont MSN), et entre dans la panoplie "téléphone portable / iPod / Creeks / on chatte et on se voit à la cafét'." Absolument autonomes de ce point de vue, ils ne râlent pas lorsque vous mettez les powerpoint de votre cours sur un serveur FTP, et s'ils ne savent pas encore très bien se débrouiller avec un traitement de texte, l'apprentissage est rapide. Utilisateurs avant tout, leurs connaissances en informatique proprement dit sont assez limitées, et ne sont pas exempts des pièges cités plus haut (le copier/coller, le manque de recul par rapport à l'information...) et sont en fait d'excellents consommateurs de l'info.
Profil portable
C'est le type d'étudiant que vous voyez venir systématiquement en cours avec un ordinateur portable (peut-être aussi pour amortir son prix). Aucun soucis pour eux : le traitement de texte (voir parfois l'editeur de texte), ils savent s'en servir correctement. Toutes leurs notes de cours, leurs mémoires, et leurs correpondances sont sur leur disque dur ou clé USB. Ils sont le plus souvent fort au courant des logiciels utilisés dans votre discipline scientifique et s'adaptent à tout type de logiciels. Il est assez rare de les voir en première année : ils ont attendu d'être confirmés dans leur projet d'études pour réaliser l'investissement d'un ordinateur portable même si, la plupart du temps, cela fait longtemps qu'ils utilisent un ordinateur à la maison.
Ils utilisent peu les salles libre-service, et vous envoient régulièrement des courriels au sujet de votre dernier cours. Grief : en première année, ils sont souvent sollicités par leurs collègues étudiants pour taper le rapport ou le dossier à faire en groupe, travaillent pour les autres, et ne sont pas forcément plus efficaces dans leur propre travail personnel. L'ordinateur devient ici un obstacle si les connaissances en informatique en sont pas maîtrisées et en première année, c'est la maitrise du temps qu'il faut avoir.
Profil puriste
Très rare (ou alors dans les disciplines dédiées, comme, justement, maths/info). Un informaticien dans la famille ou une longue pratique de l'informatique ou encore une formation initiale bien faite, lui offrent tous les outils nécessaires à une bonne utilisation de l'informatique durant ses études. Il tombe rarement dans les griefs cités plus haut, utilise souvent lui-même les logiciels libres, et se marre en entendant parler les MSNistes... Ce que les autres ignorent en informatique, il le sait généralement et n'en fait pas pour autant état. Il est très agréable de travailler avec lui dans les filières de Master, par exemple, lorsqu'il s'agit de travailler sur des dossiers communs à distance, réaliser des documents propres, et se situer dans une logique de projet.
Promouvoir le libre au quotidien
Face aux multiples profils des étudiants, la meilleure attitude a avoir reste encore de montrer qu'on utilise soi-même les logiciels libres.
Si vous montrez que l'utilisation de logiciels libres permet d'obtenir le même résultat (et mieux) qu'en succombant à la fameuse offre (MSOffice Student), les étudiants n'iront pas se ruiner inutilement.
1. Exigez des services informatiques de votre université l'installation de logiciels libres
Les salles de cours ou de conférence équipées d'ordinateurs et de vidéo-projecteurs devraient en toute logique assurer une diversité logicielle afin de s'adapter aux supports de cours employés par les enseignants. Il est assez rare de trouver un ordinateur dans une telle salle équipé d'OpenOffice.org, par exemple. Or, plutôt que d'utiliser PowerPoint, pourquoi ne pas montrer à votre auditoire que vous utilisez OpenOffice.org Impress ? De même lorsque vous utilisez une salle informatique : faites utiliser Firefox lorsqu'il s'agit de naviguer sur les ressources bibliographiques, par exemple.
2. Cessez de mentionner les logiciels propriétaires Lorsque les étudiants doivent vous rendre un dossier dactylographié.
Au contraire, fournissez leur les indications pour réaliser leur travail avec des logiciels libres. Combien de fois trouve-t-on dans des documents officiels : "Pour ajouter une note de bas de page avec Word, etc...".
VOS DOCUMENTS PEDAGOGIQUES NE DEVRAIENT JAMAIS MENTIONNER LES LOGICIELS PROPRIETAIRES : au moins, on ne pourra pas vous reprocher d'obliger les étudiants à acheter de tels produits.
3. Favorisez l'utilisation de logiciels libres à la faculté.
Distribuez en début de semestre une petite note d'information sur les logiciels libres et leur utilisation au sein de la discipline dans laquelle vous enseignez.
Il se peut que le service de ressources informatiques de votre université propose un serveur FTP sur lequel il est possible de télécharger des logiciels libres et des distributions Linux. Diffusez l'adresse.
Au sein de votre UFR, selon les moyens que vous avez à votre disposition, vous pouvez être amené à monter le projet d'une salle libre-service pour les étudiants. Pour minimiser votre budget n'hésitez pas à re-utiliser des machines déjà un peu anciennes récupérées au sein de différents laboratoires de recherche. Si vous ne savez pas le faire, demander à y installer des distributions linux légères, comme indiqué ici, par exemple.
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